Une ribanbelle de « morts tous seuls »

 ABOU BAKARI TANDIA, 38 ans

COURBEVOIE

5 décembre 2004 - Abou Bakari Tandia est interpellé dans la rue et emmené vers 20h au commissariat de Courbevoie pour un contrôle d’identité. Tombé dans le coma dans sa cellule au cours de la garde à vue qui s’ensuit, il est transporté à minuit vers l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. Ce n’est que le 9 décembre que sa famille est informée de l’arrestation et de l’hospitalisation d’Abou. Durant trois jours les policiers en faction à l’hôpital empêchent la famille de voir Abou, sous prétexte que la garde à vue se prolonge. Lorsqu’ils peuvent enfin accéder à Abou, les membres de sa famille trouvent son corps gonflé avec une large blessure ronde à la poitrine : il est en état de mort cérébrale et décédera le 25 janvier 2005. L’autopsie conclura à une décompensation viscérale sans en donner les causes.

Que s’est-il passé dans le commissariat de police ? Les policiers affirment qu’Abou s’est volontairement cogné la tête contre la paroi de sa cellule alors qu’aucune plaie n’est visible au crâne. Le procureur classe l’affaire sans suite en mars 2005, faute d’éléments dans l’enquête de l’IGS qui pourraient justifier sa poursuite.

En avril 2005 la famille porte plainte pour « torture et mauvais traitements ayant entraîné la mort ». S’ensuit une procédure qui dure depuis juin 2005 et rencontre des obstacles à répétition ; un policier qui affirme que la caméra de la cellule était vandalisée (ce qui sera invalidé par une nouvelle enquête de l’IGS en 2008 et aboutira à une plainte du père d’Abou), les vêtements et le dossier médical qui disparaissent et réapparaissent lorsque le père d’Abou porte plainte pour « destruction de preuves » en 2009.

Les légistes qui relisent le dossier médical « égaré » devraient livrer leurs conclusions en mai 2012.

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

LAMINE DIENG, 25 ans

PARIS

17 juin 2007 - La police est appelée à intervenir dans une dispute qui oppose Lamine Dieng à sa compagne dans une chambre d’hôtel de la rue de la Bidassoa, 20ème arrondissement de Paris. A leur arrivée, ils interpellent Lamine dans la rue en usant de la force et le font monter dans le fourgon. Ils le ressortent peu après, inanimé. Lorsque les pompiers arrivent, il est déjà mort.

Que s’est-il passé dans le fourgon de police ? L’autopsie et les analyses toxicologiques concluent que le décès de M. Dieng est « très vraisemblablement » dû à une overdose (cocaïne et cannabis). Le procureur affirme qu’« une fois entravé et placé dans le car de police (…) il est devenu inerte et est décédé, malgré les gestes de survie pratiqués par les policiers et des pompiers immédiatement alertés ». Pourtant, il semblerait que le corps de Lamine a été ressorti du fourgon et laissé sur la chaussée durant près de trois heures.

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

ABDELHAKIM AJIMI, 22 ans

GRASSE

9 mai 2008 - Suite à une altercation avec le personnel de sa banque, Abdelhakim Ajimi est interpellé alors qu’il rentre chez lui, le directeur de la banque ayant appelé la police. Plusieurs policiers participent à l’interpellation, au cours de laquelle Abdelhakim est maintenu à plat ventre au sol par trois policiers. Il est menotté aux pieds et aux mains. Tandis que l’un d’eux lui assène des coups de poings, un second appuie sur son dos avec son genou, alors qu’un troisième lui applique une clé d’étranglement. Des témoins attestent qu’il a du mal à respirer et que son visage devient violacé. L’un des policiers, blessé dans l’altercation (fracture de clavicule), est transporté à l’hôpital. Les policiers estiment qu’Abdelhakim n’a pas besoin d’être emmené à l’hôpital et il est transporté au commissariat dans une voiture de police. A 16h30, il est déclaré mort.

Que s’est-il passé dans la voiture de police ? Des policiers affirment qu’il était vivant mais très faible à son arrivée au poste de police, tandis que des témoins pensent qu’il était déjà mort au moment où il a été placé dans la voiture.

Alors que le préfet estime que rien ne peut mettre en cause les policiers, le rapport d’autopsie initial fait mention de « possibles signes d’asphyxie » et de « possible pathologie cardiaque », tandis que l’expertise médicale établit finalement que la mort est due à une« asphyxie mécanique » due à l’association de la pression prolongée exercée sur le thorax de la victime plaquée au sol et de son étranglement par une clé de bras.

Durant l’instruction, il a été reproché à Abdelhakim Ajimi d’avoir été agressif…

Les policiers ne sont pas suspendus. Jugés du 16 au 20 janvier 2012, le verdict sera prononcé le 24 février 2012. Le procureur requiert des peines avec sursis.

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

ALI ZIRI, 69 ans

ARGENTEUIL

9 juin 2009 - Deux vieux amis, Arezki Kerfali, 61 ans, et Ali Ziri, 69 ans, reviennent en voiture d’une soirée. Ils ont bu. Contrôle de police, l’interpellation tourne mal. Les flics prétextent la rébellion et les embarquent. Ali Ziri n’en reviendra pas vivant. Transporté à 22h09 depuis le commissariat à l’hôpital, il fait un arrêt cardiaque puis sombre dans le coma, avant de décéder le 11 juin au matin.

Que s’est-il passé dans le fourgon de police ? Les deux hommes auraient été passés à tabac et Ali Ziri aurait subi la technique du pliage, consistant à plaquer le torse du prévenu sur ses genoux en exerçant une pression. La dernière expertise medico-légale conclut à « un épisode hypoxique [une diminution de la quantité d’oxygène apportée aux tissus] en rapport avec les manœuvres d’immobilisation et les vomissements réitératifs ». Le procureur requiert un non lieu.

Durant l’instruction, il a été reproché à Ali Ziri d’avoir trop bu et d’avoir eu un comportement inconséquent…

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

HAKIM DJELASSI, 31 ans

LILLE

24 septembre 2009 – Hakim Djelassi est à l’hôtel avec sa copine. Vers huit heures du matin, le couple se dispute et les voisins avertissent le réceptionniste qui se presse d’appeler la police. Énervé, les flics l’embarquent. Un quart d’heure plus tard, il est déposé par eux à l’hôpital, le corps couvert d’hématomes. Il fait un arrêt cardiaque et sombre dans le coma, avant de décéder deux jours plus tard.

Que s’est-il passé dans le fourgon de police ? Malgré les hématomes sur le corps de Hakim, le parquet indique que l’autopsie ne permet pas de démontrer que la mort a été causée par des violences. Une nouvelle autopsie affirme que la cause du décès serait une consommation excessive de drogues.

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

MOHAMED BOUKROUROU, 41 ans

VALENTIGNEY

13 novembre 2009 – Mohamed se rend dans une pharmacie pour acheter des médicaments. S’ensuit une altercation avec le pharmacien, qui appelle la police. Embarqué de force dans le fourgon de police, l’interpellation tourne mal. Victime d’un arrêt respiratoire dans le véhicule, Mohamed est reconduit à la pharmacie où son décès est constaté à 18h05.

Que s’est-il passé dans le fourgon de police ? Lors de la toilette mortuaire, la famille constate que le visage du défunt porte des hématomes et que sa lèvre est éclatée. Des témoins affirment que les policiers s’étaient assis sur le corps de Mohamed, mais le procureur estime que les marques sont dues à l’autopsie et au frottement sur le sol du visage de la victime lors de l’interpellation, éliminant « toute hypothèse de coups ».

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

MAMADOU MAREGA, 38 ans

COLOMBES

29 novembre 2010 – Un conflit éclate entre Mamadou et son propriétaire. Mamadou s’emporte et menace physiquement ce dernier. Dix flics de la BAC interviennent et s’en prennent violemment à Mamadou : deux coups de matraque, gaz lacrymogènes et six décharges de Taser. A 1h30, il décède, entravé par les pieds et les mains dans l’ascenseur de l’immeuble et gisant dans son vomi.

Que s’est-il passé dans l’ascenseur ? La première expertise indique que le décès est lié à « une insuffisance respiratoire massive par inhalation de gaz dans un contexte de plusieurs contacts par tir de Taser », puis une seconde, constatant la présence de sang dans les poumons, conclue à un décès du à « la drépanocytose » dont Mamadou était atteint.

A ce jour, les policiers ne sont pas inquiétés.

WISSAM EL-YAMNI, 30 ans

CLERMONT FERRAND

31 décembre 2011 – C’est le réveillon, Wissam fait la fête avec ses copains sur le parking d’un centre commercial. Appelés, des policiers arrivent sur place. Le ton monte et il semblerait que Wissam s’en prend aux policiers en leur lançant une pierre. Des renforts de police arrivent, donc un véhicule de la brigade canine, et Wissam prend la fuite. Rattrapé par un chien puis par des policiers, il est plaqué au sol. Il reçoit des coups de pieds au dos et au thorax, ainsi que des coups de poings au visage. Lorsque ses amis arrivent sur place, il est dans la voiture. A 3h40, il gît inanimé et menotté dans le couloir du commissariat. Transporté à l’hôpital, il est dans le coma. Il meurt neuf jours plus tard sans avoir quitté le coma.

Que s’est-il passé dans le véhicule de police ? Le procureur annonce que « l’autopsie n’apporte aucun argument en faveur d’un décès directement traumatique », que « les lésions traumatiques sont superficielles » et que « la superficialité des lésions cervicales n’est pas en faveur des stigmates de strangulation ». Les policiers nient évidemment toute violence.

En tout cas pour l’instant, les policiers ne sont pas suspendus.

ABDELILAH EL JABRI, 25 ans

AULNAY SOUS BOIS

10 janvier 2012 – Abdel se trouve dans le hall d’un immeuble avec un groupe d’amis. La BAC tourne et s’arrête, contrôle Abdel et ses amis, qui ont du shit sur eux. Le contrôle tourne à l’interpellation et trois jeunes sont menottés par les flics. Abdel perd connaissance.

L’autopsie conclue à une mort « due à une rupture de l’aorte, consécutive à une malformation cardiaque », a indiqué le parquet de Bobigny, assurant qu’« aucun traumatisme et aucune trace de coups n’ont été relevés par le médecin qui a effectué l’autopsie ».

Les versions officielles écartent l’hypothèse de violences policières. Il semblerait que pour une fois, la victime était vraiment cardiaque. Pour autant, le témoignage d’un copain d’Abdel dit tout autre chose sur la réalité des faits : « À la télé, ils disent qu’il a eu un malaise cardiaque parce qu’il a pris du viagra et qu’il avait une mauvaise santé, on salit sa mémoire. La vérité, ce n’est pas celle là. Les flics sont arrivés comme des ninjas, comme si c’était Bagdad ici. Au lieu de faire un contrôle tranquille, ils l’ont plaqué contre le sol, comme un malpropre. Il en est mort. »

Encore et toujours, les policiers ne sont pas inquiétés…

POURTANT LA POLICE, ELLE, NOUS INQUIETE

Les policiers tuent sans ne jamais être inquiétés. A vrai dire la police ne s’inquiète jamais, elle est droite dans ses bottes. Ses régiments de cogneurs et d’étouffeurs agissent en toute impunité, déboulant dans les quartiers comme des boules dans un jeu de quilles. Et bien plus encore, depuis le 17 octobre 1961 la police est rentrée maître dans l’art de jeter dans l’autre monde les minorités un peu trop « visibles ». Pour eux, il y a toujours une bonne raison d’éliminer un pauvre s’il est étranger. Comme disait un jeune d’Aulnay-sous-Bois, si les victimes s’étaient appelées Marcel ou Philippe, ça ne se serait pas passé comme ça.

Et c’est au tour de la presse de reprendre en cœur les affirmations calomnieuses des procureurs et des préfets sur les mauvais penchants des victimes, pour légitimer la stupidité ou la barbarie des flics, pour les excuser d’avoir tordu leurs victimes dans tous les sens à grand renfort de poings et de matraques. Facile de rendre les morts coupables : untel aurait trop bu, l’autre aurait trop fumé, et quand bien même ils seraient sans défauts, ils estiment qu’ils auraient mieux fait de se tenir tranquilles. Ils voudraient nous faire avaler que leurs victimes sont mortes toutes seules.

Mais Messieurs les procus et les vendus : sachez que rien ne justifie JAMAIS la mise à mort d’un homme désarmé ! Et vous nous excuserez bien volontiers de penser qu’il y a plus de cardiaques parmi vous que parmi les jeunes en pleine santé que votre police assassine.

NOUS EXPRIMONS NOTRE SYMPATHIE ET NOTRE SOLIDARITE SANS FAILLE

POUR LES FAMILLES DES VICTIMES !

VERITE ET JUSTICE !


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